Pourquoi est-ce si difficile de rencontrer les alévis, une communauté de 20 millions de fidèles ?

Ablutions rituelles avant la prière

 

Raisonnement et prière

L’entrée en Turquie est pour moi l’occasion de renouer avec un pays à majorité musulmane. Je pénètre dans quelques mosquées, m’intéresse à la prière, à ses différents temps, à la façon d’y effectuer les prosternations et les inclinations. Ces mouvements maîtrisés par la quasi-totalité des musulmans ne sont pas aussi évidents qu’ils n’y paraissent : se prosterner et se relever sans déplacer ses pieds ou donner l’impression de s’écraser me demandent beaucoup d’observation et un peu d’entraînement. Une mécanique humaine se met en route durant la prière. Les mêmes gestes et paroles se déploient à l’unisson. L’individu cherche le salut individuel, le collectif, le sublime, peut-être plus encore dans les mosquées où, en dehors des prêches du vendredi, le groupe plus que l'officiant sert de catalyseur de piété.

Je suis particulièrement sensible aux sveltes chandelles des Eglises orthodoxes. Le feu donne une saveur exceptionnelle aux lieux. L’islam m’a montré qu’un autre élément pouvait me sublimer : l’eau. Celle-ci se trouve en général dans les environs de la mosquée pour les ablutions rituelles -ensemble de gestes codifiés pour se purifier avant la prière. Dans la grande mosquée de Bursa, la fontaine s’installe au beau milieu de la mosquée.

Intérieur de la grande mosquée de Bursa

Les croyants affluent pour la quatrième prière du soir. Un homme profite d’une courte pause pour m’approcher. Venu prier à la grande mosquée, il est l’imam d’un centre pénitentiaire, où il conduit les prières et répond aux questions des prisonniers. Il a réalisé ses études en Arabie saoudite, avant de revenir dans son pays. En tant qu’imam sunnite, il est rémunéré et méticuleusement encadré par l’Etat. A titre d’exemple, le prêche du vendredi est rédigé par la direction des affaires religieuses turque et envoyé dans toutes les mosquées du pays.

Cet imam m’invite dans son association éducative et religieuse financée par des Koweitiens. Ce soir, deux élèves et son fils assisteront au cours d’arabe qu’il dispense. La suite de notre discussion, arrosée de thé, releva du poker menteur. Ils s’évertuaient à m’interroger sur ma religion et cherchaient à mieux comprendre ce que je faisais dans la mosquée. C’était peine perdue ne connaissant moi-même que très vaguement les réponses.

L'épicier du village lisant le Coran quand les clients manquent!

De mon côté, je tentais de saisir plus profondément l’idéologie à laquelle ils adhéraient et le rôle de leurs bailleurs de fond. Leur tenue sobre, leur barbe rasée et leur propos mesurés les valorisaient. Leur besoin de se rattacher au Coran et le refus de critiquer les salafistes les classaient parmi les puristes. Mes questions, faussement naïves, interrogeant les marges, les gênaient : Où pourrais-je trouver des soufis? Connaissez-vous des  coranistes (musulmans refusant une partie des écritures, la sunna) ? Que pensez-vous des couples non-mariés ? Pour répondre à mes questions, les harams -mot arabe signifiant interdit- agrémentés de quelques explications, pleuvaient.

En Turquie, si les prêches sont en turc, toutes les prières se font en arabe, parfois au détriment du fond, nombre de fidèles se limitant à réciter plus qu’à comprendre. Cette ignorance est amplifiée par la croyance que, dès que le Coran est lu dans une autre langue, il ne s’agit plus de la parole de Dieu, mais d’une traduction profane de celle-ci, évinçant notamment l’harmonie des sons et aboutissant à une perte du sens exact. Une amie fut un jour invitée à une récitation de quelques sourates. A la fin de la lecture qui lui avait fort plu, elle demanda à ses hôtes de quoi traitaient les passages qu’ils avaient lus. « Nous ne savons pas répondirent-elles en cœur. Comment ça? Vous ne désirez pas comprendre ce que vous lisez ? Non, répondirent-elles, lire le Coran en Turc et le comprendre ne rapportent pas de points ».

De mon côté, je me replonge dans l’exégèse islamique pour aborder les sujets qui me tiennent à cœur: La musique adoucit-elle les mœurs ? Est-il permis à la femme de couper ses longs cheveux ? Est-il autorisé de manger du kangourou ou du koala ? Parfois, sur les sites les plus pieux, je découvre les réponses aux situations les plus improbables :  « Si on égorge la chèvre violée par le berger, sera-t-il permis de manger sa viande? Réponse :Oui, c'est permis » (1 myreligionislam). En plus de 1300 ans d’existence, les législateurs ont eu le temps de penser à tout!

Sur un autre site, je calcule la dote d’une hypothétique future épouse aux longs cils (2 calcule-ta-dot). Le site se présente comme une aide, en aucun cas un avis de droit. Il tente de prévenir l’humiliation de la famille de son futur conjoint, soit en proposant une dot trop élevée donnant aux parents l’impression de vendre leurs filles, soit en allouant une somme trop faible et envoyant, du même coup, un message de mépris. Alors que la dot moyenne culmine à 8’327 euros, ma femme me revient 27’800,86 euros. Pour le coup, je suis assez satisfait de mon choix imaginaire!

Les prescriptions coraniques sont éminemment logiques et découlent du texte. Mais, et c’est là où ça devient intéressant, on peut presque toujours remettre en cause le choix d’une sourate plutôt qu’une autre, la prise en compte d’un hadith ou une interprétation. C’est comme si, bien engagé dans une partie d’échec, à deux doigts d’en voir le dénouement, un des joueurs décide de revenir en arrière de quelques coups puis, en analysant la situation qu’il a sous les yeux, préfère inverser le positionnement de deux pièces pour être plus en phase avec l’esprit des échecs. Pensant tenir des propos impensables, je découvre, généralement très vite, tout un pan de l’islam ayant déjà abordé le sujet sous cet angle. Même pour des thématiques entendues comme l’interdiction des boissons enivrantes, des voix s’élèvent pour expliquer, textes à l’appui, que si l’ivresse est interdite, l’alcool ne l’est pas. D’ailleurs, en vertu d’une autre chronologie des textes, l’histoire rappelle que les premiers musulmans étaient beaucoup plus souples dans ce domaine. 

La possibilité de raisonner sans fin, parfois jusqu’aux confins de l’absurde, et, à certaines occasions, d’y découvrir des situations cocasses m’amuse. La dévotion des fidèles, régulière, normée et ritualisée, ainsi que cette tension vers l’unicité divine m’interpellent. Mais, à peine entré dans une mosquée, je sens déjà la chape de plomb des codifications s’abattre sur mes épaules. Ce monde, je ne peux le penser sans une soupape qui éviterait au normatif de fonctionner dans un circuit fermé et à terme destructeur.

Une tombe du mausolée

La piste soufie

Mon passage à Konya n’avait rien du hasard. Rumi, un des saints soufis les plus réputés y est enterré avec ses disciples dans la Mevlana; un mausolée encerclé d’un monastère. Mais, au lieu d’y rencontrer des mystiques, je faisais connaissance avec des poupées de cire et des affiches racontant leur vie. Touristes et pèlerins s’entremêlent devant la tombe du saint. Difficile de gagner la plénitude spirituelle dans une telle cohue. D’ailleurs, d’autres cimetières sont plus propices à la méditation, comme celui de Mehmet Emin Tokadi à Istanbul, témoin d’une foi populaire et occasion rêvée pour boire le thé avec le gardien des toilettes du lieu et les habitués.

Aux alentours de la Mevlana

Le soufisme, symbole de l’ivresse extatique et de l’amour du divin (3), ne peut, cependant, se réduire à des prières sur la tombe des saints. Parfois, le manque de connaissances des Turcs sur l’islam m’étonne. Mes amis Cihan et Sefa pensaient que l’héritage soufi se réduisait à quelques proverbes et une incantation lâ ilaha illâ Llâh (« il n’y a de divinité que Dieu »)à réciter pour combler les temps creux. On me propose d’aller voir les derviches tourneurs dont la danse est éminemment symbolique. La prestation est impressionnante. Mais, dans la forme où elle est actuellement présenté, il s’agit d’un spectacle, une sorte d’opéra de l’islam, pas d’une cérémonie religieuse.

L'eau de la Mevlana est populaire!

Une troupe de théâtre... Ce n’était pas vraiment ce que je cherchais. Les confréries soufies ont été fermées en 1925 par Kemal Atatürk dans son grand élan laïc. Si des représentations publiques sont permises à partir de 1953  c’est avant tout pour satisfaire la demande touristique. Selon les melevis (4 dar-al-masnavi), ordre soufi fondé par Rumi, l’état turc voit ces pratiques comme du folklore et forme de nombreux chanteurs et musiciens en dehors de toute éducation religieuse. Aujourd’hui, le mouvement est toujours illégal et n‘est toléré qu’à travers une fondation ce qui le gêne considérablement dans la transmission de son héritage  aux futures générations.

Prière sur la tombe de Mehmet Emin Tokadi.

Heureusement, les meilleures idées apparaissent souvent de façon inattendue. Invité par le vendeur d’une petite échoppe de confiserie à prendre le thé, d’autres habitués me rejoignent rapidement sur la terrasse. Un sculpteur entame la discussion. Le vent de la chance à tourné : c’est l’une des trois seules personnes de cette petite bourgade à parler l’italien. Après ses années à Florence et à Istanbul, il est revenu dans sa petite ville de province où il trouve le temps long. En tant que libre-penseur, il s’inquiète du pouvoir grandissant du parti islamique conservateur. Celui-ci, toujours plus en confiance après ses victoires à répétition, pourrait un jour s’en prendre à l’univers de l’art, en questionnant le droit de représenter la création.

Laissant de côté ses doutes, il s’interroge sur les miens : « Un mouvement soufi?  Mais pourquoi ne t’intéresses-tu pas aux alévis ? » L’idée était fort bonne. J’approchais de l’Est de la Turquie, région où cette communauté est la plus présente. Et surtout, celle-ci compte entre 10 et 25 millions de membres. Les aiguilles dans la botte de foin devenaient si nombreuses qu’il me semblait presque impossible de passer à côté.

Portrait de Haji Bektash

Un membre de l’Etat islamique

La thématique n’était pas facile à aborder. Je peinais à rencontrer des personnes fiables et suffisamment érudites pour converser dans une autre langue que le turc. A chaque fois que je tentais d’aborder le sujet, mes contacts devenaient ténus avant de s’évanouir, comme des pistes dans le désert. Ma demande, implicitement, infériorisait l’islam sunnite : « Pourquoi ça t' intéresse ? Tu as déjà l’islam devant les yeux ! Si tu veux autre chose tu peux aller voir les derviches tourneurs ! ».

Les Alévis sont considérés comme des hérétiques par beaucoup de musulmans, bon pour la potence pour les plus radicaux. Les pratiquants rejetés vers les marges ne sont pas à l’abri d’actions terroristes et préfèrent se montrer discrets. A ce sujet, leur mouvement autorise le recours des fidèles à la taqîya, le rejet public de leur foi dans le but d’éviter des persécutions : « Ce n’est pas un sujet à aborder avec n’importe qui, m’avertit-on et même si les personnes que tu rencontres sont alévies, elles ne t’indiqueront pas leur centre mais t’enverront directement au poste de police ».

Ma salvation vint du hasard. A peine arrivé à Malatya, après 150 kilomètres assis sur ma selle, le quidam à qui je demande mon chemin se révèle être Hassan, un ancien traducteur anglais-turc s’ennuyant dans sa retraite. Après plusieurs téléphones et une visite au bureau des migrations où un copain travaille, notre piste débouche sur Christina, une protestante allemande habitant depuis près de vingt ans dans un quartier alévi (voir l’article suivant). Recevant ma requête par son entremise, les alévis restent dubitatifs : « Toi, c’est bon, nous te connaissons, mais lui nous ne le connaissons pas… Comment pouvons-nous lui faire confiance ? Ne serait-il pas membre de l’Etat islamique ? » Cette dernière question revint plusieurs fois, lors de ma présence dans leur centre en compagnie de Hassan et de Christina eux-aussi curieux d’assister au rituel.

Dans son bureau, le directeur tient à me montrer un portrait de Haji Bektash, saint soufi du XIIIème siècle et personnage central du mouvement, une biche dans un bras et un lion dans l’autre. Tous deux ont confiance en lui. Sa présence soustrait la biche de l’envie de fuir et le lion au désir d’attaquer. Sur un mur, la photo de deux jeunes alévis de la ville mort dans les attentats d’Ankara du 10 octobre 2015 est suspendue. Les attaques visaient une manifestation pour la paix que les alévis soutiennent en surnombre...

Une cérémonie a normalement lieu tous les jeudis. Mais nous sommes en plein hiver, il fait froid et les attentats effraient. Par manque de fidèles, la cérémonie est parfois reportée au jeudi suivant. Un jeune homme annonce seize adeptes dans la salle de prière. En ajoutant ceux dans le bureau du directeur et les retardataires, le nombre est suffisant.

L’alévisme est issu du chiisme duodécimain (religion officielle de l’Etat islamique d’Iran) mais a subi beaucoup d’influences du chamanisme des peuples d’Asie centrale et surtout du soufisme avec, par exemple, la symbolique de la révolution des planètes autour du soleil lors des danses ou le désir de l’abandon de soi pour se rapprocher de dieu.  L’alévisme critique les rituels de l’islam majoritaire basés, selon eux, sur de mauvaises interprétations, des hadiths fabriqués et des règles applicables uniquement pour les bédouins arabes vivant du temps du prophète. Même les cinq piliers de l’islam ne sont pas retenus comme fondamentaux: Le pèlerinage à la Mecque est laissé de côté au profit du pèlerinage intérieur, les cinq prières par jour et le jeûne du ramadan ne sont pas prescrits. Quant à l’aumône, elle enjoint le pratiquant à donner son surplus et non un pourcentage précis. Les adeptes ne vont pas dans les mosquées, il n’est pas demandé à la femme de cacher sa chevelure et celle-ci n’est pas soumise à des lois spécifiques qui la restreindraient dans ses mouvements. Alors que nombre de musulmans lisent le texte méticuleusement et construisent un noyau de prescription, il s’agit pour les alévis d’en saisir le sens profond, le Coran s’organisant plus à la manière d’une poésie que d’un texte de loi.

Aux abords d’une des fontaines de Malatya.

La cérémonie a lieu, au second étage, dans un large hall recouvert de tapis sur lesquels les fidèles marchent pieds nus. De longues tables rectangulaires en plastique d’une dizaine de places chacune, utilisées lors des grandes occasions, entourent un pupitre où siège deux dédés –nom donné au maître de cérémonie. Un chandelier symbolisant Mohammed, Allah et Ali, les trois figures les plus vénérées, est posé sur le bureau. En arrivant en face des dédés, les croyants se prosternent et, parfois, embrassent le sol avant d’aller s’asseoir. Alignés à partir des deux extrémités du pupitre, hommes et femmes se font face, par habitude plus que par obligation. Les deux premières rangées sont assises sur des coussins, les secondes sur des chaises. La salle est décorée par des tableaux dont des portraits d’Ali et de Hajjî Bektâsh. Pour la cérémonie, presque toutes les femmes se couvrent d’un fin voile, duquel l’avant de la chevelure dépasse.

Le dédé introduit le culte par une injonction rituelle rappelant que toute personne nourrissant de mauvaises intentions ou de sombres desseins n’a rien à faire en ce lieu. Il demande ensuite aux personnes de la communauté entretenant des différents de s’annoncer afin de résoudre le problème, rappelant du même coup que, traditionnellement, le rôle du dédé ne se limite pas à la sphère religieuse. Comme, à mon grand désarroi, personne ne réagit, le dédé s’élance  dans un questionnement philosophique sur les origines de l’islam. Que se serait-il passé si Hassan n’avait pas été assassiné ? Aurions-nous pu éviter le grand schisme entre sunnisme et chiisme ? Et dans un tel cas, que serait-il advenu de l’islam ? C’est un peu comme si un prêtre catholique repensait l’histoire du christianisme, en y soustrayant l’intervention de Saint-Paul ou de l’empereur Constantin… Le second dédé et président de l’association continue le prêche qui prend la forme d’un plaidoyer rappelant au passage la nécessité de respecter toutes les religions.

Selon lui, l’ouverture de cette association et la construction de ce bâtiment furent un véritable parcours de combattants. Les futures générations auront à charge de continuer à se battre pour le conserver. Ces propos font échos à la liberté religieuse, toute théorique dans l’Etat turc. Ici, la laïcité coïncide avec un contrôle de la religion par l’Etat. Seul l’islam sunnite, courant religieux majoritaire, est soutenu et, du coup, favorisé par rapport aux autres dénominations. Les alévis ne sont pas reconnus officiellement et ne sont pas autorisés à ouvrir une cemevi –nom donné à leur lieu de culte. Ils peuvent pratiquer leurs cérémonies uniquement sous couvert d’associations, dont la procédure d’accréditation est longue et complexe.

La partie liturgique de la cérémonie s’ouvre. Trois personnes marchent vers le pupitre avant de s’arrêter face à lui. Une femme âgée tient un balai, symbole des mauvaises pensées à balayer. Un jeune homme longiligne s’aligne avec son bâton qu’il ne quittera pas de toute la cérémonie. Celui-ci symbolise le rapport direct avec le transcendant. Le troisième protagoniste apporte une peau de mouton qu’il pose sur le sol pour la tenue de la cérémonie, clin d’œil au passé chamanique et au tapis de prière de l’islam majoritaire. Le même rituel s’opèrera pour clore la cérémonie, une fois la dernière chanson terminée et la peau de mouton qui avait été abandonnée au pied du pupitre sera récupérée par son propriétaire. Une femme verse de l’eau depuis une sorte de théière sur les doigts des dédés.  L’eau atterrit dans un récipient et le rituel de purification se termine. Il fait écho, dans l’islam sunnite, aux ablutions devant les mosquées auxquelles chaque fidèle souillé d’une impureté est astreint.

Seul le culte sunnite bénéficie du soutien de l'Etat.

La cérémonie continue avec une suite de chants, dont deux jeunes hommes se chargent. La plupart des adeptes tapent avec l’index et le majeur sur leurs genoux et leurs corps chancellent pour mieux entrer dans l’ambiance. Deux femmes âgées mettent une main ouverte sur le cœur et l’autre sur leur genou tapotant elles-aussi au rythme de la musique. Trois personnes nouent un bandeau vert autour de leur ventre et commencent à danser. Douze volontaires sont demandés pour la danse suivante.

Les danses s´effectuent circulairement à partir d’un axe imaginaire, le plus souvent en trois temps. Les protagonistes ne tournent pas sur eux-mêmes et ne brillent pas par leur vitesse ou leurs prouesses artistiques. Il ne s’agit en rien de pratiques spectaculaires comme chez les derviches tourneurs mais d’une façon populaire de se rapprocher du divin reléguant les codifications au second plan. Des incantations pour Mohammed, Allah et Ali fusent durant certains airs. D’autres chansons, toujours en Turc, virent parfois à l’improvisation. Un dédé gratte le saz -un luth à manche long- pour accompagner les chants. En fin de cérémonie, tout le monde se lève, forme un cercle et chacun donne la main à ses voisins. Les adeptes se balancent de droite à gauche et chantent ensemble avant de s’asseoir une dernière fois.

Deux femmes passent avec une corbeille pour distribuer pommes et barres chocolatées à tous les participants. Je choisis une petite pomme mais je suis vite remis à l’ordre. En tant qu’invité, je me dois de recevoir plus que les autres. Je repars avec trois grosses pommes et un petit sac de barres chocolatées.

Durant la cérémonie, le jeune homme au bâton s’était approché de Christina et moi pour répondre à nos éventuelles questions. Après avoir manifesté notre intérêt pour la symbolique du culte, il clôt notre entretien par une formule de politesse toute choisie : « Vous êtes les bienvenus et quand je serai en votre pays j’espère pouvoir visiter une Eglise ».

En face de moi, une jeune fille au visage rondelet, aux formes gracieuses,  aux longs cheveux noirs bouclés cachés d’un fin voile, habillée d’une blouse jaune et d’une chemise boutonnée jusqu’au col me dévisageait en permanence.

J’étais là comme invité, ils avaient beaucoup hésité avant de m’accepter; je devais donc tenir mon rang. Imaginez un peu la discussion que j’aurais pu provoquer après la cérémonie  : « ce n’était pas un terroriste, simplement un dragueur invétéré venu ramasser nos femmes. D’ailleurs, il s’intéressait à celles n’ayant même pas l’âge d’Aïsha (femme de Mohammed ayant eu, selon les sources, entre neuf et dix-neuf ans à la consommation de son mariage) ».

Le lendemain Hassan me glisse en rigolant:

- Elle t’aimait vraiment beaucoup la jeune fille d’en face. Tu pourrais rester ici pour cultiver cette relation.

- Non, Hassan, répondis-je, si je devais revenir et étudier votre langue, ce ne serait pas pour un amour terrestre mais par choix religieux…

 

 

Références, mis à jour le 05 février 2016

 

1 Myreligionislam, Les animaux dont on peut et dont on ne peut pas manger la viande,  http://www.myreligionislam.com/detail.asp?Aid=5563.

 

2 Calcule-ta-dot, Plus de doute sur le montant de la dothttp://www.calcule-ta-dot.com/

 

3 Geoffroy Eric, Le soufisme. Histoire, fondements, pratique. Eyrolles, Paris, 2015.

 

 4 Dar-al-masnavi.org, Darn al masnavi of the Mevlevi Order, http://www.dar-al-masnavi.org/about-mevlevi-order.html

 

 

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